zoom en arrière – partie 3 – jaunisse et baby-blues

Comme beaucoup de nouveaux-nés (60%, à ce qu’on m’a dit), mini-myrtille a développé la jaunisse. Ce qui fait qu’elle a rapidement été placée en isolette avec lampe UV, juste avec un lange et une protection oculaire. Même si c’est courant, on ne peut s’empêcher de s’inquiéter, d’avoir le cœur un peu serré de la voir si petite toute seule sous cette lampe. Même si elle passait finalement l’essentiel du temps à dormir. Par contre, elle a dû subir très tôt des prises de sang pour exclure une jaunisse qui ne serait pas physiologique (= sans conséquences). Et les prises de sang à cet âge, cela veut dire une petite piqûre dans le pied, puis il faut faire s’écouler le sang dans une mini-éprouvette, goutte à goutte. Et si elle ne réagissait pas spécialement à la piqûre, elle n’aimait guère qu’on lui presse le pied pendant plusieurs minutes.

La première série d’UV a duré 24h, après quoi le taux de bilirubine (ce qu’on mesure pour évaluer la sévérité de la jaunisse) avait à nouveau diminué. Bien qu’elle ne soit pas prématurée, ils ont toujours pris des taux de référence plus bas pour elle, considérant qu’elle était de petit poids (si elle avait pesé 40g de plus, elle aurait atteint les 2.5kg et n’entrait plus dans la même catégorie).

A ce moment-là, on a commencé à me parler de la sortie de l’hôpital. Sauf que moi, je voulais être certaine que cette jaunisse était sous contrôle, car elle me paraissait encore bien jaune. Et je n’avais pas envie de rentrer à la maison et de devoir retourner encore à l’hôpital 3 jours plus tard en pédiatrie . Bien m’en a pris, car après être redescendue, la bilirubine est remontée. Et retour sous la lampe pour 24h pour la demoiselle. Et même après le retour à la maison, malgré ces précautions, nous avons quand même dû retourner elle et moi 48h à l’hôpital, à nouveau sous UV. Ce qu’on m’a dit aussi, c’est que le lait maternel pouvait contribuer à maintenir la jaunisse, sans qu’il n’y ait rien de pathologique. En tout cas, toutes les causes graves avaient à ce stade été exclues. La 2ème série d’UV a été faite toujours davantage en raison de son petit poids que par véritable crainte de quoi que ce soit de sérieux. Les médecins ne voulaient pas qu’elle doive puiser dans ses réserves pour lutter contre la jaunisse, mais on voyait bien qu’elle allait bien, elle était tonique, se réveillait toute seule pour manger, elle était juste …. jaune !

A la maternité, le deuxième passage sous la lampe UV pour la petite a coïncidé pour moi avec la montée du lait et le baby blues. Une furieuse envie de pleurer sans même savoir pourquoi, dès qu’on me demandait comment j’allais, envie de voir personne sauf ma petite et mon mari, qu’on nous laisse dans notre cocon.  Ces émotions venaient et repartaient, de façon aléatoire, sans prévenir et ça a duré je dirais 3 bonnes journées, pour la partie la plus intense. C’était très fort, incontrôlable, très étrange comme sensation, car je savais bien que je n’étais pas triste, ni spécialement angoissée (du moins pas plus que d’habitude !). En même temps que tout le bonheur que je ressentais, j’avais ces montées de larmes et juste envie de serrer très fort ma petite fille. Je me sentais très vulnérable et en même temps je savais que j’avais toute la force nécessaire. J’ai été contente d’être encore à la maternité et de pouvoir en quelque sorte m’autoriser à me laisser aller à ces émotions, car autant les sages-femmes que mon médecin ont à nouveau été très soutenants et rassurants. De plus, à l’hôpital, on a tout loisir de se familiariser avec cette intensité, ce bouleversement. Je peux m’imaginer que si j’avais été à la maison, à devoir gérer le quotidien en plus, je l’aurais peut-être moins bien vécu. Mais je ne sais pas vraiment.

Ce qui m’a surprise, et me surprend encore, c’est que même maintenant, après bientôt 3 mois, j’ai des moments où les émotions me submergent. Emotions de bonheur, de soulagement, parfois de peur aussi d’imaginer qu’il pourrait lui arriver quelque chose. Je ne sais pas si c’est en raison de la difficulté de ma grossesse, de l’attente pour qu’enfin ma mini-myrtille soit là, ou si toute nouvelle maman passe par ces moments-là. L’allaitement entraîne aussi une fatigue certaine et si le matin je me réveille en général en forme, au fur et à mesure que la journée avance, plus je suis fatiguée.

Il y a ces textes qui me parlent chacun à leur manière et que j’ai envie de partager ici :

– le premier est extrait du livre très intéressant « les compétences du nouveau-né » de Marie Thirion.

« Seule une femme préparée à l' »intensité » sera prête à l’accueil, ouverte à une relation nouvelle où le tout-petit va révéler peu à peu qui il est, qui il peut et veut devenir. Cette intensité ne s’apaise pas en quelques minutes après la naissance. La mère en reste bouleversée, transformée pour de longues semaines. Il y aura les moments d’euphorie et les moments d’épuisement, les temps d’angoisse et les instants de sérénité, la tendresse passionnée vers le tout-petit et les moments de rejet, la fierté fantastique de la maternité et l’envie de tout abandonner, de n’avoir jamais rien vécu de tout cela. Une extrême sensitivité rend la mère plus ouverte à la rencontre, plus apte à comprendre les besoin d’un tout petit, plus réactive à ses demandes, mais aussi plus proche des larmes et du découragement. Cette sensibilité à fleur de peau, cet apparent déséquilibre, ces alternances de bonheur et de peine sont nécessaires à l’enfant, nécessaires à la relation qui se noue entre lui et sa mère. Pourquoi ne pas dire cela aussi ? Pourquoi aucune préparation à l’accouchement ne parle-t-elle de cette période de réadaptation à soi-même, d’approche émouvante de l’autre, et de la difficulté qu’il y a à se sentir « en crise » au moment où tout le monde vous croit la plus heureuse des femmes ? ».

Le deuxième vient du livre de Daniel N. Stern et Nadia Bruschweiler-Stern : « La naissance d’une mère ».

« L’impact le plus fort de la naissance est cette impression d’accomplissement et de plénitude que la plupart des mères ressentent après l’événement. Les mères évoquent un mélange d’euphorie, d’épuisement, de victoire et de soulagement. Comme l’une d’entre elles me l’expliquait : « j’ai pris une douche après l’accouchement pour me laver. Je me suis sentie submergée de bonheur et me suis mise à pleurer. Je me suis sentie inondée par un torrent d’eau, de larmes et de lait, comme un orage tropical qui passe et qui disparaît ». Derrière ce mélange d’émotions, il y a souvent le profond sentiment de faire partie d’une terre fertile, d’être membre de l’humanité, d’appartenir à l’éternité ».

Et cette phrase, que j’ai notée il y a plusieurs années déjà dans un carnet dans lequel j’ai écrit depuis mes 15 ans environ des textes ou phrases qui me parlent : « être parent, c’est accepter que notre coeur se promène hors de notre corps pour toujours ».

Il y a maintenant une partie de moi, un petit être que j’aime inconditionnellement, qui aujourd’hui me regarde comme si j’étais tout son monde, mais qui en même temps sortira peu à peu de la fusion actuelle. Et j’admets volontiers qu’actuellement, je profite au maximum de ces moments de fusion, comme s’ils m’étaient autant nécessaires qu’à elle, peut-être pour cicatriser ce qui doit l’être après le chemin difficile pour enfin être maman.

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6 commentaires pour zoom en arrière – partie 3 – jaunisse et baby-blues

  1. Je pense que même sans ce chemin difficile,tu aurais été une maman aussi attentionnée. Parfois on est faite « pour ça » et je comprends quand certaines disent qu’elles se sont senties elles mêmes le jour où elles sont devenues maman. 🙂 je t’embrasse

  2. 1000myrtilles dit :

    Oui, je n’aurais jamais pensé dire cela un jour, mais il y a toute une partie de moi qui peut s’exprimer maintenant, dont j’ignorais même l’existence. Et il y a comme tu dis ce sentiment d’être arrivée là où je devais aller. Bises et bonne suite de grossesse !

  3. OUI !!!!! mon bb a aujourd’hui 15 jours ! effectivement ce bouleversement émotionnel je connais… joie, euphorie et puis … quelques heures après cette envie de tout lacher, de pleurer… ce sentiment d’être dépassée par les événements…. Je pense aussi que le manque de sommeil joue énormément… perso, quand je dors peu ou pas, je me sens mal….Les pleurs de bb sont aussi déstabilisants… pourquoi pleure t il à 23H ???? alors que nous nous ne souhaitons que dormir ! mais on devient maman à travers toutes ces étapes… il faut juste arriver à lacher prise, accepter les couacs, dormir quand on peut et ne pas fixer la barre trop dans la gestion de la maison et du quotidien… j’y travaille…mais il y a encore bcp à faire !!!! courage et si tu veux en discuter n’hésite pas !

    • 1000myrtilles dit :

      Oui tu as raison, le manque de sommeil joue un rôle aussi. Là ma petite fait des nuits de 22h à 8h15 environ, le rêve 🙂 J’espère que les débuts vont bien et me réjouis de lire de tes nouvelles ! Toi aussi n’hésite pas si jamais ! Bises

  4. dit :

    Passez de belles fêtes de fin d’année…. The best Christmas ever, probably…. 🙂
    Bises

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