MAP

Commençons par le commencement….. Il y a 15 jours, j’avais intitulé ce billet « J’avoue…. ». Entre-temps, il s’est passé d’autres choses, mais peu importe, je commence par ce que j’avais écrit à ce moment-là… Donc, j’avoue que… :

Je n’aime pas la grossesse. Enfin, cette grossesse. Et par là, je ne veux surtout choquer personne, je ne minimise pas le bonheur que c’est et je me doute bien que cela doit interpeller  plus d’une personne qui passe par là, en essai ou pas. Mais voilà, moi aussi je l’ai attendue, cette grossesse, et je pensais que j’allais adorer être enceinte, une fois que ça tiendrait enfin !

Eh bien, en fait, non. Alors je précise d’emblée, pour que l’on se comprenne, que :
– j’adore être enceinte de ma mini-myrtille. J’adore la sentir bouger. J’adore mettre la main sur mon ventre et avoir le sentiment qu’on se dit des choses. ça, c’est extraordinaire. J’en n’en ai jamais assez. J’adore lui parler, lui faire écouter de la musique (oui, parfois je fais ça…), l’imaginer, la rêver. Lui acheter ses premiers petits habits (ça y est, j’ai osé! J’ai failli en pleurer à la caisse, d’ailleurs).
– j’aime voir mon ventre qui grandit, parce que cela veut dire qu’elle grandit aussi.
– j’aime que l’on remarque que je suis enceinte (et je n’aime pas quand on ne le remarque pas…si si, ça m’est arrivé  à 29 SA) Il faut dire que de face, on pouvait ne pas le voir, selon les habits portés). Il y a un sentiment de fierté, de puissance, qui est assez particulier.

Par contre :
–  ça fait depuis le 4ème mois que je ne peux plus marcher plus de 100m sans contracter. ça vous donne une mobilité du tonnerre. Je sais, c’est comme ça, je n’en fais pas une maladie non plus, mais je ne m’y attendais pas.
– quand je suis debout, j’ai l’impression que tout va tomber de mon ventre. Et ça ne s’arrange pas avec les semaines qui passent… Mis à part le fait que bientôt, ça sera moins inquiétant comme sensation.
– quand je vois certaines femmes (et forcément, avec ma lentille déformante, cela veut dire: toutes, sauf moi, évidemment) qui vivent absolument normalement jusqu’au terme, je les envie. Et je n’aime pas ça. Moi, je ne peux pas aller m’acheter un soutien-gorge un peu plus grand et faire les courses et aller chez le coiffeur et me marier au civil et aller manger une glace et faire le ménage et arroser les plantes, c’est l’un ou l’autre et encore, pas la même semaine. Alors de nouveau, il y a plus grave, j’en conviens, mais ça fait du bien de dire que ça me pèse quand même. Et comme les émotions, je les vis à la puissance 10 (ou 20, parfois), devoir demander à Monsieur Myrtilles pliée en deux s’il veut bien faire la vaisselle, ça me rend un peu agressive. Alors qu’en fait il fait beaucoup de choses et que j’ai beaucoup de chance de ce côté-là.

Quand je parlais du 9 mois haies, je ne pensais pas que ce serait à ce point. Finalement, pour moi, malgré le ventre qui pèse de plus en plus lourd, malgré les autres petits soucis et lamentations ci-dessus, le dernier trimestre apporte – enfin – un peu plus de tranquillité d’esprit. Vous me direz : c’est le moment. Oui. On arrive aux 30 SA et j’espère vraiment arriver aux 36 SA au moins.

Au dernier contrôle, à 28 SA + 6, mon col avait passé de 35mm à 28mm. Mini-Myrtilles avait un poids estimé à 1400g et si elle continue comme ça et arrive à terme, elle est estimée à 3,7kg. Elle a déjà la tête en bas (donc ses pieds dans mes côtes). Elle s’active beaucoup. Dans les côtes, ça ne me dérange pas, mais avoir quelque chose qui gigote au niveau du pubis, c’est spécial… Du coup, échographie du col tous les 15 jours. J’ai toujours très facilement des contractions, surtout debout, mais elles ne sont pas douloureuses.

*************************************

Donc ça, c’était il y a 15 jours. Entre-temps, il y a 15 jours aussi, le soir, je commence à contracter (encore). Sauf que là, pendant une heure, c’était toutes les 5 minutes. Moi, à force, je ne savais même plus s’il fallait s’alarmer ou pas, mais Monsieur Myrtilles a décidé qu’on partait à l’hôpital. Et là, monito qui confirme les contractions, médicaments pour essayer de les stopper (tocolytiques, ici Adalat), injection de cortisone pour la maturation des poumons et « Mme, on vous garde ici, diagnostic : MAP : menace d’accouchement prématuré ». Contrôle du col qui a diminué à 20mm en …. 4 jours. Donc moins 8mm en 4 jours…. A ce rythme, il ne va plus rester grand-chose assez rapidement. J’ai passé une nuit sans fermer l’oeil, entre le stress, l’effet des médicaments, la chaleur, mais je dois dire que toutes les sages-femmes étaient juste adorables.

Je suis restée 5 jours, à me lever uniquement pour la douche et les toilettes. Le col n’a pas rebougé (on l’en remercie…). Ils m’ont laissé rentré à la condition que j’aie de l’aide à la maison (merci chers parents), en continuant les médicaments, avec sage-femme à domicile 2 fois par semaine et contrôle à l’hôpital après une semaine. Le contrôle, c’était il y a 2 jours on était à 31 SA. Déjà à nouveau 1.5 semaines de gagnées. Le col était stable, la petite va bien, toujours très bas et là, c’est clair qu’elle va rester comme ça.

J’espère vraiment arriver à 34 SA, à ce moment-là, on arrête les médicaments et on laisse faire la nature (comme si elle faisait autre chose que ce qu’elle veut, d’ailleurs…). Mais à 32 SA, on sort de la grande prématurité, on évite un transfert dans un hôpital universitaire (à 2h de chez nous) et de toute façon chaque jour de plus est un jour de gagné.

Bon, le médecin m’a bien dit qu’il n’était pas exclu que j’aille jusqu’au terme, qui sait…

J’ai eu la visite à l’hôpital de ma sage-femme avec qui nous faisons l’haptonomie. Cela me fait du bien de la voir, elle est toujours très calme et rassurante. Une psy est passée aussi, c’était justement ma sage-femme qui me l’avait conseillée lorsque je lui ai demandé s’il existait des personnes qui pouvaient proposer une sorte de « debriefing » après la grossesse. J’avais le sentiment qu’il me serait peut-être bénéfique et utile d’évacuer d’une manière ou d’une autre les angoisses vécues pendant tout ce temps. Et j’ai été contente d’apprendre que cela existait et que le suivi était proposé selon besoin jusqu’à une année après la naissance. Ca m’a fait du bien de déposer déjà certaines choses, d’entendre que la frustration que je peux ressentir parfois par rapport à cette grossesse (en culpabilisant en plus) était légitime.

C’est une évidence que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que cette grossesse aille le plus loin possible. En tant que tel, le chemin à parcourir maintenant et depuis le début de ma grossesse n’est rien par rapport au bonheur de voir enfin notre petite fille.

Affirmer que je n’aime pas cette grossesse revient donc plutôt à dire que j’ai l’impression, à chaque étape, d’espérer qu’à la prochaine, enfin, je serai rassurée et sereine. Et à chaque fois, il se passe quelque chose qui ravive les craintes. Alors oui, la sérénité se cultive et doit venir de l’intérieur et non de l’extérieur, je sais bien, mais ce n’est pas simple quand le corps donne tout plein de signaux.

J’espère donc que je ne choque personne (ou pas trop). Je me suis décidée à partager ce ressenti aussi parce que je pense et j’ai constaté qu’il y a un certain tabou autour du fait que se réjouir d’avoir un enfant, d’être maman, n’équivaut pas forcément à aimer le chemin qui mène jusque là. Une femme enceinte doit être épanouie, c’est la règle implicite.

Moi, je ne suis pas toujours épanouie. Certains soirs, quand M. Myrtilles rentre du travail, j’ai les larmes aux yeux pour rien. Je suis fière d’avoir passé un jour de plus, mais cela me semble interminable. Pas pour moi, mais pour l’amener elle, ma petite fille, le plus loin possible.

Une des sages-femme m’a dit qu’il ne fallait pas que je m’angoisse car mini-Myrtilles allait le sentir et avoir peur (mais oui, c’est bien d’en rajouter encore une couche…). Je lui ai répondu que je sentais qu’elle n’avait pas peur, qu’au contraire, par ses nombreux mouvements et coups, elle voulait me rassurer et me dire qu’elle était déjà forte et prenait de la vigueur chaque jour, et que je ne devais pas m’inquiéter.

La sage-femme a souri et moi aussi.

 

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15 commentaires pour MAP

  1. dit :

    A un autre « degré » j’ai vécu les journées toutes seules, allongée sur le canap’, à ne pas pouvoir faire plus de 2/300 m à pieds sans ensuite avoir mal au ventre au point d’avoir l’impression que mes règles allaient débarquer d’un moment à l’autre. A un autre degré, parce que ça a duré tout le temps du 1er trimestre, et que depuis une vingtaine de jours ça va mieux et je croise les doigts pr que ça continue comme ça. Malgré tout, je comprends les angoisses, les envies de pleurer pour rien, le temps long, et même cette impression de ne pas aimer être enceinte que tu peux ressentir. Je pense bien fort à toi, et j’espère que tu pourras aller le plus loin possible… J’aime cette façon que tu as de parler de ta petite fille…. « l’emmener le plus loin possible »…. ça me fait penser au billet de Kaymet sur la trans-mission… de la Vie.

    Bises

    • 1000myrtilles dit :

      Coucou Cé, je suis contente d’avoir de tes nouvelles et que tu aies du répit après ce 1er trimestre qui a dû être bien pénible et angoissant. On se fait déjà assez de films sans que toutes ces douleurs diverses ne viennent en rajouter, n’est-ce pas ? J’avais manqué le billet de Kaymet, du coup je suis vite allée le lire ! Bises à toi !

  2. Kaymet dit :

    Tu as eu bien raison d’écrire ce billet et de témoigner de ton état d’esprit, c’est important de partager ça, et je comprends que ça puisse être difficile. Courage pour ces quelques semaines qui restent. Tu y es presque, elle sera bientôt dans tes bras (mais le plus tard possible quand même 😉 ).
    Bises

    • 1000myrtilles dit :

      Merci Kaymet, j’ai beaucoup hésité, mais je suis contente de l’avoir écrit. Oui, bientôt elle sera là, je me réjouis tellement ! J’espère que le déménagement s’est bien passé ! Bises

  3. la cerise dit :

    Je te comprends tout à fait…. je suis à 24 SA… col à 30 MM depuis 3 semaines donc arretée… gros flipp assuré…même si je suis heureuse de sortir de la pma coute que coute, même si je suis comblée de sentir cette vie en moi, je flippe constamment à me demander si mon col tient…. je sens bb bas au point se sentir des bulles dans le vagin et de ressentir ses coups même dans mes fesses…. contrairement à toi je n’ai a priori pas de contraction… donc je n’arrive pas à jauger qd je dois arrêter de bouger et qd j’ai le droit de faire quelque chose… je décompte chaque semaine comme une étape pour le développement de bb et surtout je ne m’interdis pas d’aller aux urgences comme lundi dernier qd je flippe trop pour avoir des nouvelles de mon col car mon prochain contrôle n’est officiellement que le 3 septembre…. Je te souhaite bcp de force et courage… bientôt la fin du tunnel….

    • 1000myrtilles dit :

      Coucou, merci pour ton petit mot qui m’a permis de découvrir ton blog ! Tiens, les bulles dans le vagin et les coups dans les fesses, je connais aussi 🙂 Ah oui, c’est embêtant de ne pas sentir quand il faut s’arrêter et tu as bien raison de ne pas t’interdire un passage aux urgences. Ils m’ont toujours dit que mieux valait une fois de trop que l’inverse ! J’ai dit à mon gynéco que pour moi l’idéal était un contrôle tous les 15 jours et je suis soulagée qu’il ait compris mon besoin. Tu ne peux pas lui demander de rapprocher un peu pendant ces quelques semaines à venir ? Et ces cols n’ont qu’à faire leur travail, d’ailleurs 😉 Beaucoup de courage à toi aussi ! Bises

      • la cerise dit :

        vacances obligent…ma gynéco a déserté ! sinon les autres mois oui j’ai jamais pu attendre plus de 3 semaines entre chaque visite ! donc là il faut que je zénifie à donf! mais comme tu dis plus bas, même si c’est repos forcé tant que le petit être profite et est bien dans sa bulle, le reste on subit sans broncher !
        merci pour ton passage sur mon blog… je ne poste pas bcp sur la pma, la grossesse… par préservation sans doute… mais ca fait du bien de savoir que d’autres pmettes sont là et ressentent les mêmes effets bizarres comme ces bulles ! parce que parfois les sages femmes ne comprennent pas forcément ce que l’on décrit !

  4. Je comprends ce que tu ressens, cette grossesse on l a tellement attendu qu on culpabilise de se plaindre et dans mon cas j ai tellement pesté contre mes copines qui s en plaignaient que je ne dis rien mais pourtant ça fait du bien de lâcher ses angoisses, son énervement, ses émotions contradictoires.
    J pensais tout comme toi qu on pouvait gambader l air de rien jusqu à la fin de la grossesse mais je pense que c est rare finalement. Courage tu en vois bientôt le bout, bientôt la rencontre avec votre fille . Je t embrasse

    • 1000myrtilles dit :

      Ce serait donc un mythe, le gambadage jusqu’à la fin ! Je pense aussi 🙂 Comme toi, j’ai beaucoup pesté contre mes copines en me disant que quand on avait la chance d’être enceinte, on avait pas à se plaindre. Mais je crois que si je n’avais pas si peur, je ne me plaindrais pas… Au fond, peu m’importe le repos canapé, les douleurs, etc, si au final, la petite va bien. C’est tout ce qui compte. C’est ce que je disais à mon mari : par rapport à ma résistance, j’ai de la marge, je pourrais forcer et rester debout plus longtemps, marcher, etc. Le fait est que je ne suis plus seule et que je ne veux rien faire qui lui soit préjudiciable à elle.
      J’espère que tout va bien pour toi ! Bises

  5. Je me vois dans pas mal de points cités dans votre témoignage et surtout le fait que la grossesse n’est pas que du bonheur 😦
    Bon courage pour la suite

    • 1000myrtilles dit :

      Bonjour et merci pour votre petit mot. Je me réjouis d’en lire un peu plus sur votre blog, même si je déduis que votre expérience de la grossesse n’est pas facile non plus.

  6. Quand j’ai lu ton billet, j’ai pensé que c’est bien vrai: quand on est en PMA et qu’on fait tout pour avoir un bébé, on se dit qu’on aura tort de se plaindre quand on sera enceinte. Je n’ai jamais été enceinte, mais je suis d’accord à 100% avec ce que tu dis: ce n’est pas parce qu’on a peiné pour tomber enceinte qu’on n’a pas le droit de se plaindre de son état pendant qu’on l’est et de dire qu’on trouve ça difficile (et même si tu es super heureuse de porter cette mini-myrtille!).
    Tiens bon!

  7. Marie dit :

    Vivre difficilement une grossesse quand il y a menace d’accouchement prématuré me semble tellement normal… Je te trouve très solide moi! Prends bien soin de vous, et viens râler sur le blog si ça te fais du bien;)

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