Rien de bien passionnant

Ceci est un billet inutile écrit pour passer le temps, je vous préviens…

On pourrait se dire que c’est sympa d’être à la maison, et de pouvoir se reposer. D’un côté, oui, ça l’est, mais là, c’est le mode « attente » qui est pénible. L’attente entre deux échographies, où la dernière est trop loin pour qu’elle puisse être encore rassurante et la prochaine trop éloignée pour qu’on puisse se dire que bientôt, on saura.

Quelque chose de nouveau, aussi, c’est que jusqu’à présent je faisais partie des chanceuses chez qui l’Utrogestan ne coulait pas. Mais depuis quelques jours, c’est fini et ça coule. Le jour, la nuit, ce qui mène à des questionnements très intéressants assez régulièrement, du style « je vais voir si c’est blanc, ou je ne vais pas voir ? » Oui, c’est dégueu.

Mes parents m’ont conseillé la série « Downtown Abbey », alors je m’y suis mise, une série, ça fait bien passer le temps.

J’ai pu avoir l’accès à mes e-mails du travail, ça me donne au moins l’impression de faire quelque chose d’utile de temps en temps.

Je pourrais raccourcir les rideaux, mais je n’ai pas la grande motivation…

Je l’avais dit, ce billet est passionnant.

En plus, le chat, censé me tenir compagnie, n’a laissé pour seule trace qu’une flaque de vomi dans le salon et depuis son méfait, dort quelque part (mais pas vers moi). Sympa, le chat. J’ai un chat qui pense qu’il est un grand chasseur… Il a une technique bien à lui, qui consiste à s’approcher avec force dandinements qu’il veut discrets, d’une vitre par laquelle il voit un autre chat. Au dernier moment, il veut sans doute bondir élégamment sur l’ennemi, mais se prend la vitre en plein museau, ce qui vu le bruit dû au choc  fait effectivement déguerpir l’autre chat, mais a sans doute un effet pas terrible sur le fonctionnement neuronal du chasseur… Qui n’a aucune capacité d’apprentissage puisqu’il répète le scénario à peu près une fois par jour. Alors qu’il pourrait sortir, mais ça, pensez donc, c’est beaucoup trop risqué !

Bref, c’est mon chat. Et il me manquerait s’il n’était plus là.

Sinon, je peux aussi vous parler de ma grand-maman, sans transition. Bon, là, le titre du billet ne convient plus vraiment, mais tant pis. Car ma grand-maman était quelqu’un de passionnant, de qui j’étais très proche. Elle est décédée en mars de l’année passée, le jour où j’apprenais ma grossesse biochimique. Je me souviens qu’à ce moment-là, je m’étais fait la réflexion que j’aurais bien voulu pouvoir me dire que sa vie à elle s’était éteinte, et qu’une autre s’était allumée.

Elle était à quelques mois de ses 104 ans. Elle est restée chez elle (veuve depuis l’âge de 60 ans) jusqu’à passé 100 ans. Ici, à cet âge-là, les autorités proposent un cadeau : en général, il y a le choix entre un fauteuil avec toutes les options télécommandées possibles ou une horloge traditionnelle. Ma grand-mère, elle, a demandé si elle pouvait plutôt avoir quelques bonnes bouteilles de vin.

Je ne me lassais jamais d’écouter ses récits de sa vie, de la vie « d’avant », du début du 20ème siècle. Elle avait travaillé longtemps dans l’hôtellerie, d’abord comme gouvernante chez des particuliers en Angleterre, puis un peu partout en Suisse, dans différents hôtels, à gravir les échelons peu à peu. Elle s’est mariée tardivement pour l’époque et a eu ses enfants à 37, 40 et 44 ans. J’ai toujours espéré qu’il me serait donné de suivre sa trace, à ce niveau-là, mais le cap des 37 est déjà bien passé !

J’ai encore une de ses robes de soirée, une vraie robe de princesse. Elle avait des étoles en fourrure (il y avait moins de scrupules, à l’époque) et me racontait que comme son mari (mon grand-père, que je n’ai pas connu) possédait un garage, ils étaient parmi les premiers de la rue où ils vivaient à posséder une voiture. Ce qui est difficile à imaginer, car elle a toujours vécu au même endroit, dans ce qui est désormais une grande ville, avec beaucoup, beaucoup de voitures partout !

Pendant longtemps, elle a fait des visites bénévoles aux personnes âgées et mourantes. Souvent, elle achetait à la St-Valentin, ou à la période de Pâques et Noël, une petite attention, un petit pot de fleurs, pour tous ses voisins et le déposait le soir devant leur porte, pour qu’ils aient une surprise le matin.

Elle passait des heures au téléphone, car elle était la confidente de bien des gens. Parfois, je me demande si elle ne fonctionnait pas un peu comme une sorte de numéro d’appel en cas de détresse.

Elle expliquait que tout son parcours lui avait beaucoup appris. Je crois que jusqu’à ses  derniers jours, son mantra a été « ACCEPTER », « FAIRE AVEC ». Non pas dans le sens de subir, mais dans le sens d’admettre. Accepter de ne presque plus voir, ne plus pouvoir marcher, perdre toute autonomie même pour manger, être dépendante d’inconnus pour se lever et se coucher, s’habiller, pour l’hygiène corporelle. Elle a su affronter cela avec dignité, avec un mot gentil pour tous les gens qui s’occupaient d’elle, alors qu’elle aurait pu en vouloir « à celui de là-haut », comme elle disait, de l’avoir oubliée. Personne ne s’attendait à ce qu’elle reste parmi nous aussi longtemps, pas même elle. Mais heureusement pour moi, j’ai eu la chance d’avoir ma grand-maman jusqu’à mes 38 ans.

Je pense encore souvent à elle, et je la sens présente en cette période. J’ai l’impression qu’elle m’envoie de la force et un peu de sérénité. Elle me manque encore beaucoup.

Et si vous cherchez le rapport entre l’Utrogestan, mon chat et ma grand-maman, je vous rassure, il n’y en a pas !

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11 commentaires pour Rien de bien passionnant

  1. Marie dit :

    Hello! Deux choses:
    1) est-ce que tu as un applicateur pour l’utrogestan? Parce que j’ai remarqué qu’il coulait moins quand je le mettais avec l’applicateur, j’imagine que j’arrive à le mettre plus profond. Et j’ai remarqué aussi que ça allait mieux si je le mettais le soir parce qu’en restant couchée après ça « infusait » mieux.
    2) j’aurais adoré une grand-mère comme la tienne! quel beau portrait tu nous livres là. j’aime.

    • 1000myrtilles dit :

      Hello, non, je n’ai pas d’applicateur… Je ne savais même pas qu’il pouvait y en avoir un, il faudra que je me renseigne à la pharmacie. Et, oui, ma grand-mère c’était quelqu’un de spécial, je pense (même si je ne suis pas très objective évidemment).

      • Marie dit :

        J’ai pu commander à la pharmacie un applicateur qui n’est pas totalement prévu pour l’utro mais qui est un « standard » et il a changé ma vie je t’assure. En plus la pharmacienne me l’a offert, un petit chou, vraiment.

  2. Très belles choses tout ça (plus les mots de ta grand-maman que le vomi du chat, nous sommes d’accord !)
    Accepter, faire avec.
    Oui.

  3. Mastacloue dit :

    J’ai remarqué que la génération de nos grand-mères et arrières-grand-mère étaient beaucoup plus dans l’acceptation; on pourrait dire « fatalistes », mais en fait je crois que c’est davantage de l’acceptation. Pour avancer. Pour ne pas souffrir. Nous, on a tendance à se rebeller, à râler, à ne jamais être satisfaits. Ma grand-mère et ma belle-grand-mère me font un peu le même effet que la tienne…
    Sinon, ton chat me fait bien rire, tiens!

    • 1000myrtilles dit :

      C’est vrai, peut-être qu’on ne met pas toujours notre énergie au bon endroit, après tout… Quoique se rebeller, c’est nécessaire aussi, dans plein de situations… Mais peut-être davantage avec calme (enfin je parle pour moi, en tout cas). Mon chat, oui, il nous fait beaucoup rire aussi 🙂

  4. Kaymet dit :

    J’adore le portrait que tu fais de ta grand-mère. Ça m’aurait plu de la rencontrer.
    Elle a dû penser j’imagine qu’elle n’aurait pas d’enfants, parce que le premier à 37 ans, à l’époque c’était quand même très rare – mais au vu des dates, ça doit être lié à la guerre, non, puisqu’elle a dû avoir son premier en 1945?
    Bises

    • 1000myrtilles dit :

      Oui, le premier (ma maman) est né en 1945. Peut-être qu’il y a un lien avec la guerre, mais elle a en tout cas rencontré mon grand-père sur le tard, aussi parce qu’elle bougeait sans arrêt avec son métier je suppose. Cela me fait réaliser que même si je connais beaucoup de choses de son passé, il y en a aussi tout plein que j’ignore et qu’il m’aurait plu de connaître…

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