Etre sans être né(e)

Hier, j’ai lu avec beaucoup d’émotion le billet « le jour où je l’ai tenu dans mes bras » de Kaymet. Comme je le lui ai écrit, cela m’a permis de laisser enfin couler des larmes qui ne demandaient qu’à franchir la barrière que je m’évertuais à maintenir. Elle n’était même pas consciente, cette barrière, mais elle était bien là et elle contribuait à ce que je stagne dans un état fait de découragement, d’envie de rien, d’absence d’énergie, de révolte, de perte de confiance en moi, en l’avenir. Bref, pas très agréable. En même temps, figurez-vous, je me demandais pourquoi je me sentais ainsi.

Ah oui, c’est vrai, j’avais fait une fausse couche le 5 décembre. Mais après tout, j’y étais préparée, je n’avais même pas vraiment espéré que ça puisse marcher et de plus, j’avais simultanément eu un RV avec la Dresse optimiste, qui me voyait à nouveau enceinte dans quelques mois. Et donc tout n’allait pas si mal, il fallait voir le positif, au moins, côté fécondation, ça semble fonctionner (voyez la capacité d’auto-persuasion !). 

Après la  première fausse couche, oui, j’ai beaucoup pleuré, j’ai pu parler du bébé (je me suis même mise dans une situation très particulière, que je partagerai un autre jour). Ce bébé a pu exister et je lui ai dit au revoir;  ma tristesse a pu s’exprimer au lieu de rester à l’intérieur. Le 2ème, je l’ai perdu vraiment très très tôt, le jour où j’apprenais le décès de ma grand-maman et les deux tristesses se sont mélangées.  Mais ce 3ème, d’une certaine façon, je ne lui ai pas permis d’exister, quand il a arrêté de grandir. J’ai pensé que ça allait faire faire moins mal. Avec Monsieur Myrtilles, on s’est convaincu que de toute façon, on ne s’était pas réjouit trop vite, et donc qu’on avait pas eu le temps d’y croire. Et moi, je me suis tellement persuadée de tout ça que je me suis en quelque sorte interdit de vivre le deuil : pas d’espoir – pas de bébé – pas de deuil. Ça a l’air simple, comme ça. Sauf que ce bébé aussi, il m’a fait calculer la date prévue d’accouchement (en cachette, à toute vitesse, juste au cas où, quand même, il s’accrocherait). Il m’a fait passer la main sur mon ventre avec tendresse comme si je pouvais lui communiquer mon envie qu’il reste avec nous. Et je pense que Monsieur Myrtille a, lui, secrètement pensé à la voiture familiale qu’il choisirait. 

Oui, ce bébé aussi fait maintenant partie de notre histoire et étrangement, repasser un moment avec lui, en lisant le billet de Kaymet, m’a permis de lui dire au revoir comme j’en avais besoin. Et mon énergie semble revenir. Aujourd’hui, j’ai à nouveau eu du plaisir à aller travailler, à voir mes collègues, plaisanter avec eux a été moins difficile. 

Je sais que ces trois brins d’espoir et d’existence sont toujours là, quelque part. Ils sont, sans être nés. 

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10 commentaires pour Etre sans être né(e)

  1. madamepimpin dit :

    J’en ai la chair de poule… On nous pousse à vite oublier, on banalise cette épreuve… Mais que ce soit la première ou la troisième, que ça arrive à 6 SA ou 12, évidemment qu’on l’imagine, cet avenir qui se propose avec ce bébé. C’est juste normal. Même en DPO ça m’arrive de calculer la potentielle DPA, alors après un + tu penses…
    Et oui, tu as le droit d’être triste, de lui dire au revoir comme il faut, et de cesser d’être triste quand le deuil est passé. Mais c’est une étape obligée, je crois.
    Des bisous

    • 1000myrtilles dit :

      Oui, c’est vrai, on banalise et c’est effectivement une étape obligée, même si on aimerait bien pouvoir la contourner, mais ça ne marche pas, en tout cas pas pour moi ! Et je te rejoins pour la potentielle DPA en DPO, ça m’arrive aussi !

  2. Kaymet dit :

    Je suis très émue par ton texte et tellement désolée que tu aies dû passer par là plusieurs fois.
    C’est vrai que c’est essentiel de lui laisser sa place à cet enfant, quelle que soit la durée qu’il a passée avec vous.
    Je t’embrasse fort

  3. Penelope6 dit :

    Je comprends ta douleur. J’ai fait 6 fausses couche et à chaque fois que j’en parle mon coeur palpite. Chaque fois on croit y arriver et on se dit « c’est bon cette fois-ci » et malheureusement c’est la grosse claque !!
    Mais cela me laisse croire q’un jour, je te le souhaite, un petite âme décidera de s’installer dans ton ventre pour 9 mois…
    Courage et contente de voir que tu reprends du poil de la hyène 🙂

  4. Lulu dit :

    Ton billet me touche… et me parle… Forcément…
    J’ai vécu, moi aussi 2 FC (enfin disons plus exactement un arrêt de grossesse et une FC).
    Je nous souhaite, à toutes ici, enfin des +++ qui durent au moins 8 mois et demi !

  5. forcément, j’ai les larmes qui montent … je ne sais pas comment on survit à ça plusieurs fois …

    « Sauf que ce bébé aussi, il m’a fait calculer la date prévue d’accouchement (en cachette, à toute vitesse, juste au cas où, quand même, il s’accrocherait). Il m’a fait passer la main sur mon ventre avec tendresse comme si je pouvais lui communiquer mon envie qu’il reste avec nous. Et je pense que Monsieur Myrtille a, lui, secrètement pensé à la voiture familiale qu’il choisirait. »

    c’est tellement vrai … c’est bouleversant… j’espère que c’est fini tout ça … que tu auras droit d’être heureuse pleinement.

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